HEADER_5_mer_arraila_2.JPG 

  Accueil         Les Géonautes         Le projet         La préparation         Infos pratiques         Liens   

        

  writing.jpg

            LES HISTOIRES DE CORINA

                                            

Générations 

       

J’ai fêté mes 35 ans ici au Brésil, il y a un mois. Il y a quelques jours je suis devenue tata : ma sœur, qui a 33 ans, vient d’avoir son premier enfant, une adorable petite Sasha. Tout à fait standard sur nos latitudes.

 

Et puis j’ai connu Elaine, qui travaille dans la maison de nos amis à Curitiba. Elle a 34 ans, une belle métisse, mince, élégante, un beau sourire et une énergie d’enfer. Elle est déjà deux fois grand-mère.

  

Elaine raconte que lorsqu’elle était à l’école primaire, on se moquait de ses cheveux crépus. Elle a arrêté d’y aller, et vu qu’elle a vite commencé à apporter quelques sous à la maison en faisant des tous petits boulots, ses parents n’y ont pas vu d’inconvénient. A 16 ans elle est tombée enceinte, son père l’a mise à la porte, elle a dû louer une chambre de bonne pour elle et son bébé 15 euros par mois. Elle a pu le mettre à la crèche et travailler. Elle s’est mariée deux ans plus tard et elle a eu trois autres enfants. Puis, lorsqu’elle a eu 28 ans, son mari, la trouvant semble-t-il trop vieille, l’a quittée pour une fille de 15 ans. Sa propre fille ainée a eu un premier enfant à l’âge de 14 ans, puis un deuxième. Les deux petits-enfants d’Elaine, qui ont 3 ans et demi et 2 ans sont gardés par la mère de celle-ci, donc l’arrière grand-mère des petits, qui n’a pas tout à fait 50 ans.

 

Comme quoi une génération cela ne veut pas du tout dire la même chose sur ces latitudes.

 

Vous vous demandez, sans doute, comme moi : la contraception,  ils ne connaissent pas ? Si, et elle est gratuite pour les plus pauvres ! Mais la chose est de toute évidence prise très à la légère, et vu que la religion en général et les sectes en particulier ont beaucoup d’emprise chez les moins éduqués, on mène à terme ces grossesses d’adolescentes. 9 mois après Carnaval, apparemment, les maternités sont pleines à craquer.

 

Dans les écoles, certains enfants y vont le matin et d’autres l’après-midi, et ils sont quarante par classe, autrement dit on manque cruellement de structures, ou plutôt les structures d’enseignement n’arrivent pas à suivre le baby-boom. Les plus riches n’enverraient jamais leurs enfants à l’école publique, qui a très mauvaise presse. L’abandon scolaire, entre autres à cause de ces grossesses des très jeunes, est monnaie courante. Donc de nouvelles générations de jeunes se retrouvent dans la rue, sans formation et sans espoir pour un avenir meilleur que celui de leurs parents. Comme Elaine, qui ne pourra jamais fais autre chose que les ménages, car elle sait à peine lire et pas vraiment bien écrire.

 

Ainsi va la vie au Brésil ; les gens la prennent comme elle est, avec le sourire. Beaucoup de gentillesse et de légèreté.

 

 

 

PS

Le nouvel an se fête à la plage. Savez-vous ce que rejette la mer le matin du 1er janvier ? Des poules noires, mortes. La ferveur religieuse peut bien avoir le vent en poupe, les vieilles coutumes africaines ne sont pas oubliées pour autant…

 

 

 

   

- Retour vers la liste des Histoires de Corina -