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Ce récit est sous forme de journal de bord, donc un peu plus long et détaillé, mais on a pensé que cela intéressera nos lecteurs de connaître des détails de l’histoire et le paysage de cette île si fascinante et si lointaine.
Le dimanche 11 mars
L’avion de la LAN quitte la piste de l’aéroport de Santiago, on voit par les hublots les Andes d’un côté et le Pacifique de l’autre. Presque 4000 km d’océan et rien d’autre jusqu’à l’île de Pâques, presque 5h de vol. Les enfants sont ravis, ils ont des écrans individuels avec un large choix et films et dessins animés. Les parents aussi, le repas est arrosé abondamment en breuvages divers et variés, comme dans le bon vieux temps, à siroter en matant un p’tit film. Donc nous ne verrons pas le temps passé et l’avion arrive à trouver ce minuscule bout de terre dans l’immensité de l’océan. Nous allongeons le cou pour avoir un premier aperçu de l’île mystérieuse : c’est vert, c’est vallonné, les maisons sont espacées voir cachées dans la végétation tropicale, au pied des bananiers et palmiers.
L’avion se pose sur la piste et nous sortons bientôt dans une chaleur moite, sous un ciel couvert. L’aéroport international de Hanga Roa reçoit un à trois vols par jour, c’est petit pour la foule qui se déverse de l’appareil. Nous arrivons à nous frayer un chemin jusqu’au tapis qui amène les bagages, puis nous voilà dehors, l’aventure du bout du monde peut commencer.
Ana Maria, la mère de la propriétaire de la maison que nous avons loué pour notre séjour, nous accueille à la sortie de l’aéroport avec les colliers de fleurs traditionnels. C’est bien plus qu’un gadget pour les touristes, car une bonne partie des passagers de l’avion sont des habitants de l’île rentrant chez eux, et eux aussi ils sont accueillis par leurs familles avec des colliers de fleurs. C’est tout simplement un signe de bienvenue.
L’accueil et chaleureux et quelques minutes plus tard nous sommes dans le pickup de Ana Maria et de son mari, nos bagages posés à l’arrière. Nous faisons un petit tour du village de Hanga Roa, pour nous aider à nous orienter. C’est le seul village de l’île, à peine 3000 habitants. Il n’y a pas foule, il y a une pompe à essence, un petit port, une minuscule plage, quelques magasins. Seulement quelques rues sont asphaltées ou pavées, le reste ce sont des pistes, souvent en très mauvais état : « On aurait du mal à passer avec Eiffel »…nous avons du mal à nous défaire de nos reflexes de camping-caristes, nous surveillons l’état de la route, sommes à l’affut d’un bivouac ou d’un robinet pour faire le plein d’eau. Nous avons du mal à nous souvenir que nous sommes en vacances, qu’Eiffel dort sur le parking de l’aéroport de Santiago, que nous devons nous détendre.
L’arrivée à la maison que nous avons louée nous aide à cela : c’est un endroit calme, loin de la rue et de la circulation, perdu dans la végétation…La cabane en bois est posé dans un grand jardin, il y a une terrasse ombragée, un trampoline, une maison de poupées, et…une piscine ! ça, c’est la surprise du chef à laquelle on ne s’attendait pas !
La maison est propre, bien entretenue et bien équipée, il y a tout ce qu’il faut pour nous sentir bien. Paula, la propriétaire, partie sur le continent il y a deux jours, nous a laissé une pastèque en cadeau de bienvenue et des goyaves du jardin. D’ailleurs, on n’a qu’à se servir dans l’arbre si on en veut d’autres.
Nos hôtes nous laissent nous poser, défaire nous bagages. On se sent très vite chez nous, c’est une vraie maison avec un chat et deux chiens, Théo et Luna.
Nous allons faire un tour en ville, faire quelques courses. Les prix sont deux fois ceux de Santiago, il faut s’y faire. Nous voyons aussi notre premier moai, posé sur un petit ahu (plateformes cérémonielles et sépultures des ancêtres), tout près de la minuscule plage du village.
Le lundi 12 mars
Ce sera une belle journée, plus de trace de nuages dans le ciel. Le matin Thomas va au marché, et il rentre avec plein de sacs de fruits et légumes, tous cultivés sur l’île. Le marché c’est bien moins cher et plus agréable, plus authentique que le magasin…par contre, pour le poisson, il faudra revenir très tôt un autre jour.
Nous préparons un piquenique et nous partons à la découverte de la côte ouest de l’île, joignable à pied depuis le village. Le site de Tahai nous plait beaucoup. Tout près de l’océan, il y a trois Ahu , un surmonté de cinq moai, les deux autres avec un seul, dont un , chapeauté d’une coiffe, qui est le seul de l’île à être restauré avec ses yeux en corail. Il y a aussi les ruines du village, avec ses maisons en forme de pirogue, ses fours à pain et des constructions circulaires. Les moai protégeaient en général un village, tournés les yeux (qui transmettaient l’énergie sacrée) vers le village et le dos vers la mer.
Le musée archéologique, qui aurait pu nous apprendre un peu plus sur l’héritage de ce peuple polynésien mystérieux qui a peuplé l’île vers l’an 800 après JC, est fermé aujourd’hui. Thomas décide de continuer la ballade en longeant la mer. On piquenique sur les rochers, dans une anse un pied d’un autre ahu, surmonté d’un seul moai. Il fait chaud, et après le piquenique il ne nous reste plus une seule goutte d’eau. Les enfants commencent à se plaindre.
Nous arrivons à une grotte, appelée Dos Ventanas. Une entrée étroite mène à une cavité volcanique qui devient progressivement plus large et se termine par deux ouvertures qui surplombent l’océan, les « deux fenêtres ». La vue par les fenêtres est effectivement très belle, les eaux bleues du pacifique viennent mousser sur les falaises volcaniques. Un couple de chiliens en voiture de location nous donne gentiment toute leur bouteille d’eau. Nous pouvons continuer la ballade, jusqu’à un autre ensemble de grotte, qui sont en fait des tubes de lave formées lors de la dernière éruption des volcans de l’île, il y a des centaines de milliers d’années.
Puis les enfants font demi-tour avec Thomas, avec la promesse d’une bonne glace à l’arrivée. Je continue seule la ballade, qui fait une boucle. J’arrive aux ruines d’un autre village ancien, Ahu Tepeu. Il n’a pas été restauré comme d’autres, et les moai gisent dans l’herbe, face contre terre. En effet, suite à des guerres tribales, pratiquement tous les moais ont été renversés, et ce n’est que ces 40 dernières années que des équipent d’archéologues ont redressés une partie d’entre eux…il y aurait près de 400 moais éparpillées sur l’île, la plupart cachés dans la végétation ou parmi les pierres volcaniques. J’aime bien ce site authentique, car il a l’air peu touché depuis qu’il a été abandonné, tranquille, car je m’y retrouve absolument seule ici, en bord de mer, à découvrir les visages sculptés dans la pierre volcanique noire, éparpillées autour du monticule qui est le Ahu.
Je continue de longer la piste jusqu’à une autre grotte, beaucoup plus grande, qui aurait servi d’habitation troglodyte jusque dans les années 1930. On y préparait la nourriture sur des pierres de lave chaudes, sous les ouvertures naturelles qui laissent passer la lumière au fond de la grotte. Drôle de boyaux que la lave du volcan a laissés sur son passage…
J’arrive enfin à un autre site majeur, trois bonhommes dans le Routard, l’Ahu Akivi. Impeccablement restauré, les sept moais sont bien fiers sur leur socle. C’est le seul Ahu qui n’est pas en bord de mer, mais presque au centre géographique de l’île. Et ce sont les seuls moais qui regardent vers la mer, alors que les autres étaient tous dos à l’océan. Deux hypothèses : soit il y avait un village entre le Ahu et la mer, donc ils protégeaient leur clan comme tous les autres moais, soit c’est un sanctuaire d’une sorte particulière, élevé à la gloire des tous premiers ancêtres venus sur l’île depuis les Marquises, et ils regardent justement dans leur direction.
L’ahu est entouré par la végétation ; je dois me dépêcher pour prendre quelques photos, car un minibus de japonais débarque. Je suis moins enchantée par ce site trop «propre sur lui » et un peu victime de son succès…J’attaque le retour sous le soleil de l’après-midi, en mangeant plein de goyaves sur le bord de la route. Je voulais essayer de faire du stop, mais les voitures ne sont pas légion…
Ah, j’oubliais de vous raconter la journée de Théo, le chien de la maison. Après avoir chassé et tué une poule des voisins le matin (je l’ai grondé mais il avait l’air de s’en ficher), il a décidé de venir avec nous en ballade. Nous avions beau lui dire de rentrer à la maison, il nous a accompagnés jusqu’à la grotte aux deux fenêtres. Comme il y avait du monde et qu’il faisait frais, il a décidé d’y rester, refusant de continuer avec nous. Je le retrouve à la grande grotte qui a été habitée, toujours avec du monde. Il vient avec moi jusqu’aux derniers moais, mais décide d’y rester, malgré mes appels pour qu’il me suive. Lorsque je rentre au village en marchant le long de la route, un pickup me dépasse : à l’arrière, Théo, qui a apparemment décidé de rentrer en stop…un chien qui n’en fait qu’à sa tête mais qui, sur ce coup-là, a été plus malin que moi, qui ai bien mal aux pieds : Théo=1, Corina=0 !
Le soir, nous nous installons dans le jardin avec Thomas pour admirer un très beau ciel étoilé, qui lui rappelle celui de sa traversée en cargo. Thomas appelle les enfants pour voir ça. Andréas sort en ralant : « Ah non papa, pas encore une promenade ! » Non mon chéri, une suffit pour aujourd’hui. Bonne nuit !
Le mardi 13 mars
Thomas est motivé, il se réveille aux aurores pour aller acheter du poisson frais au marché. Et ce n’est pas une figure de style, le jour pointe à peine quand il sort. Il découvre une vie du village foisonnante, les gens vont travailler, ils déposent leurs enfants à l’école…les policiers doivent faire la circulation aux carrefours, ici il n’y a pas de feux, et l’heure de pointe est l’heure de pointe ! Au marché, les commerçants s’étonnent de voir un touriste parmi eux à cette heure-là…En tout cas, il revient avec quatre beaux poissons achetés à un pécheur rasta : consommons local !
Pendant que je lutte à réduire les poissons en filets, Thomas va faire un grand tour vers le Ahu Akivi, que j’avais visité seule la veille. Un habitant lui propose de l’avancer en voiture, alors qu’il n’avait même pas tendu le pouce pour faire du stop. Les gens sont vraiment sympa ici, ça fait du bien de découvrir une île où on n’en a pas marre des touristes, bien au contraire, tout le monde est conscient que c’est le tourisme qui les fait vivre, et ils sont tous prêts à aider les visiteurs, à les faire se sentir chez eux pendant les quelques jours passés sur l’île.
Thomas ira voir aussi la grotte qui a servi d’habitation troglodytique. Il la traversera complètement sur 200m et il est impressionné qu’un tunnel de lave ait pu se transformer dans une grotte de si grandes proportions.
Pendant ce temps, les enfants font leurs devoirs et surtout profitent de la piscine…c’est vraiment chouette de l’avoir pour nous seuls, en plus c’est une piscine peux profonde, donc ils sont en sécurité.
Thomas rentre tout juste au moment où je venais de dire « à table », il a dû sentir l’odeur du poisson…en tout cas, c’est très bon, on se régale aussi de haricots verts frais et de papaye.
L’après-midi il pleut pas mal, ce qui n’empêche pas les enfants de jouer dans la piscine, puisqu’ils sont mouillés de toute façon…Et pour nous c’est agréable de glandouiller un peu, nous sommes là pour huit jours, nous ne sommes pas obligés de courir tout le temps…
Le mercredi 14 mars
Devoirs et piscine pour les enfants le matin, nous avons déjà une routine ! Puis on prépare le piquenique et c’est parti pour une rando à la journée, cette fois-ci vers le volcan qui se trouve dans le coin sud-ouest de l’île et le village cérémoniel construit sur les flancs de celui-ci. Et devinez qui décide de nous accompagner ? Théo, bien sûr !
La chaleur est une nouvelle fois écrasante et la montée sur le flanc du volcan sous le cagnard est franchement pénible…Heureusement cette fois-ci nous avons de l’eau fraîche dans un thermos, c’est déjà ça ! Nous arrivons péniblement sur le bord du cratère, superbe : au fond, 200m plus bas, un lac couvert en partie de roseaux, formant un réseau de petites tâches bleues dans le vert de la végétation. Au-delà du cratère, l’océan semble tout près, menaçant de faire tomber tout un flanc du volcan, en l’érodant à la base. Le sentier longe la crête jusqu’au village cérémoniel, gardé par les guardaparques, auxquels il faut montrer billets et patte blanche : la nôtre est bien grise, il faut le dire, avec Theo à nos trousses…et une copine à Théo qui nous a rejoint également ! Nous avons du mal à expliquer que ce ne sont pas nos chiens, qu’ils nous suivent malgré nous, et nous passons une bonne partie de la visite à inviter les chiens à bien se tenir dans un lieu chargé d’histoire…peine perdue, bien sûr !
Mais c’est quoi exactement Orongo, si fièrement perché entre le flanc du cratère volcanique et les falaises abruptes du Pacifique ? C’est un site qui avait une grande importance culturelle et religieuse pour le peuple indigène après la fin du 17ème siècle, quand le culte des ancêtres, représenté par les moais, a commencé à faiblir peu à peu pour laisser la place à d’autres croyances. Les clans se disputaient la souveraineté de l’île, et ils le faisaient par des compétitions dont l’épreuve décisive était celle de « l’homme-oiseau » : chaque clan envoyait un élu à la nage depuis le village cérémoniel jusqu’à un îlot voisin, où il devait chercher l’œuf d’un oiseau vénéré, et l’apporter, sans le casser, attaché sur son front : le chef du clan qui arrivait à prendre possession de l’œuf en premier était sacré roi de l’île pour l’année. (Alors, Monsieur Sarkozy, prêt pour un plongeon ? J )
Sur le site, des maisons elliptiques en pierre et des roches couvertes de pétroglyphes. Ce qui nous enchante le plus c’est la vue à couper le souffle sur le volcan, une bonne partie de l’île et le bleu du Pacifique jusqu’à l’infini…
Au retour, nous arrivons à nous faire prendre en stop jusqu’au centre, malgré la petite taille de l’île, ce n’était pas à côté, et la marche sous le soleil nous a épuisés. Les enfants ont bien mérité leur glaces… Puis, nous rentrons pour un bon schplouf dans la fraîcheur de notre piscine et des pizzas maison. Vu le prix élevés des aliments préparés et des services, nous évitons de manger au restaurant, mais nous profitons du fait d’avoir une vraie cuisine, un four, etc., pour cuisiner tout ce qui nous fait plaisir et qui est produit localement. Andréas remarquera d’ailleurs : « Maman, ici la salle de bain est aussi grande qu’Eiffel »…et l’eau coule à volonté. D’ailleurs les enfants prennent au moins deux longues douches par jour, sans se faire prier !
Le jeudi 15 mars
Nous avons loué un petit 4x4 Suzuki pour 2 jours, afin d’aller explorer des sites plus éloignés. Les enfants sont ravis de ne plus devoir marcher autant, et il faut reconnaître qu’après les randonnées des derniers jours, nous aussi, les adultes, sommes un peu fatigués…
Nous longeons la côte sud de l’île, d’ouest en est. Nous nous rendons très vite compte qu’elle est truffée de sites rapa nui, des ahu dans un état de dégradation plus ou moins avancé, avec leurs moais renversés ou à moitié enterrés. Il y en a un tous les kilomètres ou presque. Cela permet de se rendre compte combien les villages étaient nombreux à l’époque où l’on hérigeait les moais. On estime que la population aurait atteint ou dépassé les 15000 habitants (il y en a 4000 aujourd’hui) et ce surpeuplement a vite mené à l’épuisement des ressources, ce qui a engendré le déclin de la civilisation rapa nui.
Ces sites n’ont pas été restaurés, et sont à peine marqués et protégés dans le cadre du Parc National. C’est moins l’image de carte postale, mais ça a quelque chose de plus authentique, car le paysage est plus ou moins le même qu’il y a 100 ans ou plus. Juste derrière les sites, les rouleaux du Pacifique frappent les rochers noirs (pierre de lave) dans des tourbillons de mousse blanche. Côté terre, les versants doux et verts des quelques 70 cratères volcaniques éteints parsemés sur toute l’île. Des troupeaux de vaches et de chevaux en liberté paissent tranquillement. On se demande ce qu’on en fait, car le boucher nous a expliqué qu’il n’y a pas d’abattoir certifié sur l’île, donc la viande qu’il vend est arrivée congelée du Continent… Est-ce peut-être celle qui provient de ce bétail qui aurait fait l’aller-retour ?
C’est l’heure du déjeuner, nous décidons de filer directement à la plage. Anakena est un endroit extraordinaire : il y a une belle baie protégée avec plage de sable blond tout fin, la mer toute chaude, une palmeraie (les palmiers ont été importés dans les années 1960) et un site restauré de premier ordre, pour parfaire le tableau. Il y a même des tables de piquenique sur l’herbe à l’ombre, quoi demander de plus ? Et pourtant notre déjeuner aura un petit goût amer, car je viens de faire tomber l’appareil photo en descendant de la voiture, et celui-ci ne veut plus du tout fonctionner…Donc à partir de maintenant les photos seront prises avec le petit appareil de poche… :-(
Les enfants apprécient beaucoup la plage, barbotent dans l’eau, jouent aux crocodiles avec Papa. Les grands admirent longuement les beaux moais impeccablement restaurés, qui ont même leurs chapeaux sur la tête pour la plupart. Anakena a toujours été, semble-t-il, un lieu très important pour la société pascuane, l’école des chefs des clans s’y trouvait. Le ahu a été reconstruit au moins trois fois, se situant auparavant plus près de la plage, il a été détruit par des tsunamis ou des tempêtes et refait par la suite un peu plus loin dans les terres.
Aujourd’hui encore Anakena est très appréciée par les familles locales qui viennent en nombre le week-end se baigner et faire un petit asado (il y a même des barbecues à disposition).
Après cette bonne pause plage, nous allons visiter les sites de la baie de La Perouse , un peu plus à l’est. Il s’y trouve, renversé et cassé en deux, le plus grand Moai jamais érigé, qui mesure quelques 10m de haut et pèse environ 80 tonnes. On peut imaginer les efforts nécessaires pour les transporter jusque-là…la tradition orale raconte que ce serait une veuve épleurée qui l’aurait fait ériger à la mémoire de son époux décédé. En tout cas, les voyageurs européens qui ont raconté leur passage sur l’île au 19ème siècle, l’ont vu debout !
Juste à côté, il y a une étonnante pierre toute ronde, toute lisse, qu’on dit chargée d’énergie magnétique. Tout le monde la touche religieusement. Nous avons bien essayé de mettre notre appareil photo qui a rendu l’âme dessus, on ne sait jamais s’il la retrouve, mais malheureusement sans succès. C’est sûrement parce qu’on n’y a pas cru assez fort…
Le vendredi 16 mars
Il y a beaucoup de vent aujourd’hui, et cela s’est bien rafraîchi depuis le début de la semaine. Nous profitons de la voiture pour amener les enfants voir les sept moais de Ahu Akivi, le site qui se trouve à l’intérieur des terres. Puis nous allons visiter la carrière de Puna Pau, où l’on façonnait les pukao, les chapeaux en pierre rouge des moais. On y voit encore des dizaines de chapeaux ronds taillés abandonnés sur place. Ils sont beaucoup plus grands que ceux qu’on voit sur la tête des moais ou à côté, car lors du transport, vraisemblablement en les roulant, ils perdaient beaucoup de leurs masse.
L’après-midi est consacré à un site exceptionnel : il s’agit de la carrière où l’on façonnait les moais, sur les flancs du volcan Rano Raraku. Il y restent, éparpillées parfois à moitié enterrées des dizaines voir des centaines de silhouettes de moais, cassées ou abandonnées à différents stades de finition. Il y en a littéralement partout, et cela nous donne une idée du travail titanesque de ces gens, il y a des centaines d’années, avec leurs outils rudimentaires en pierre. Nous pouvons voire toutes les phases de la fabrication des moais, comme si elle avait arrêtée hier : depuis l’ébauche à même la pierre jusqu’à la statue debout, prête à être transportée et à recevoir son chapeau. Les statues étaient sculptées en tant que bas-reliefs sur la roche volcanique, puis une fois finies elles étaient coupées au niveau du dos qui est quasi-plat. Il restait à les faire descendre et à les transporter…pas étonnant que le pourcentage de casse était si élevé !
De là-haut, il y a une vue exceptionnelle sur le Ahu Tongariki, situé en bord de mer pas loin, ainsi que sur toute la côte sud de l’île et différents cratères volcaniques secondaires – il y en aurait environ 70 sur l’île.
Il y a un moai qui interpelle : il est clairement à genoux, alors que tous les autres moais sur l’île ont un long tronc et n’ont pratiquement pas de jambes ; sa tête est ronde et il semble avoir une barbe. On dit que la ressemblance avec des statues provenant d’autres peuples polynésiens est frappante.
Un petit lac se niche dans le cratère, et, là encore, des dizaines de têtes de statues occupent les flancs de l’intérieur du cône.
Pas loin de la carrière, au bord de l’Océan, se trouve le plus grand ahu de l’île : à Tongariki pas moins de 15 moais ont été redressés et placés sur leur socle. Le ahu fait plus de 200m de long…impressionnant !
Nous finissons notre journée une fois de plus sur la plage d’Anakena, pour des moments bien mérités de jeux dans le sable pour les enfants. Car on ne vous l’a pas dit, mais cette semaine n’a pas été que des vacances pour les enfants : nous avons profité de notre sédentarisation du moment pour avancer les devoirs « à fond la caisse » !
Le samedi 17 mars
Nous rendons la voiture, contents d’avoir vraiment fait le tour de l’île en long, en large et en travers ! Nous nous réservons le week-end pour nous reposer, pour coocooner tranquillement dans notre cabana. Nous profitions de la piscine, regardons des films, préparons de bons petits plats…du repos quoi !
Le dimanche 18 mars
Thomas s’est mis en tête de gravir le sommet le plus haut de l’île, le Tere Vaka, qui culmine à un peu plus de 500m d’altitude. Il part après le petit déjeuner, Théo à ses trousses, bien sûr.
Avec les enfants, nous faisons un petit tour dans le centre, deux-trois dernières courses, nous passons un peu de temps à l’aire de jeux à faire de la balançoire, nous prenons un glace.
Papa rentre fatigué mais content de sa randonnée, qui lui a offert une vue à 360 degrés de toute l’île. Heureusement, au retour, une gentille habitante à eu pitié de l’homme et du chien et leur a proposé de les prendre en stop sans même que Thomas lève le pouce (Théo l’a fait peut-être en cachette ?).
Pour notre dernier soir sur l’île, nous décidons, Thomas et moi, d’aller voir le coucher de soleil au ahu Tahai, tout proche du village. Nous prenons des bières et des chips, de quoi nous offrir un apéro au pied des moais. Une fois sur place, nous nous rendons compte que nous ne sommes pas les seuls à avoir eu cette idée : la foule assise sur la pelouse est assez dense, les appareils photos travaillent dur !
Mais il faut dire que le jour qui meurt dans l’océan derrière les vénérables moais a quelque chose de magique…une belle fin pour notre semaine sur cette île minuscule au milieu du Pacifique.
En dehors des paysages, deux choses nous ont marqués : la spiritualité qui a façonné l’histoire, depuis l’arrivée des premiers polynésiens et jusqu’à nos jours. La foie qui devait habiter ces gens pour creuser dans la pierre et transporter leurs énormes statues ; la rage le jour où ils les ont renversées face contre terre ; les cérémonies d’Orongo, qui duraient des semaines, et le nouveau culte de l’homme-oiseau. Encore aujourd’hui, les Rapa Nui restent très attachés à leurs langues et leurs traditions. Ils ne vivent pas leur isolement comme un poids…
Le deuxième aspect marquant est l’absence du tourisme de masse qui permet de garder un climat sain sur l’île. Les habitants sont serviables, voir extrêmement gentils, ils vivent le tourisme comme un avantage pour eux, qui ont un niveau de vie supérieur à beaucoup de chiliens du Continent, et non pas comme une peste. La flux de touristes n’engloutit et ne pervertit pas l’esprit et la culture de l’île. Tout ça serait terminé si la LAN n’avait plus le monopole des vols ou si une chaîne hôtelière ouvrait un complexe all inclusive…
Bref, nous quittons Rapa Nui ce lundi 19 mars avec le sentiment d’avoir vécu une expérience forte sur une terre bénie des dieux (ou des moais).Nous sommes heureux d’avoir pu aller jusqu’au bout du monde, jusqu’au bout de notre rêve…
L'album avec beaucoup plus de photos de l'Ile de Pâques est ici.
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